Avec 54,67 % des suffrages exprimés, le « non » l’emporte face aux 45,33 % du « oui ». La participation atteint 69,37 %, donnant à ce rejet une force démocratique incontestable.

Résultats globaux

Le référendum porte sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe. Pour la deuxième fois sous la Ve République, le « non » l’emporte lors d’un référendum national.

Le résultat ne se répartit pas uniformément sur le territoire. L’Alsace, la Bretagne, l’Île-de-France et les Pays de la Loire votent majoritairement « oui », tout comme plusieurs grandes villes, notamment Paris, Lyon, Bordeaux, Strasbourg et Toulouse.

Le « non » arrive en tête dans 18 autres régions et dans 84 départements sur 100, en particulier dans le Nord-Pas-de-Calais, en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Languedoc-Roussillon. Il triomphe ainsi dans une large partie de la France périphérique, rurale et industrielle, tandis que les métropoles et une partie de l’Ouest soutiennent davantage le traité.

Pourquoi ce rejet ?

Les enquêtes réalisées à la sortie des urnes font apparaître trois motivations principales :

  • Le mécontentement socio-économique : 52 % des électeurs du « non » citent la situation économique et sociale en France comme première motivation.
  • Le ras-le-bol politique : 40 % souhaitent exprimer leur mécontentement à l’égard de la situation politique.
  • Le refus d’une Europe jugée trop libérale : une partie des électeurs rejette la place donnée à la concurrence et aux orientations économiques du traité, sans nécessairement refuser le principe d’une coopération européenne.

Le profil sociologique du « non »

Le rejet est majoritaire dans les classes populaires et moyennes, chez les ouvriers, les employés et les chômeurs. Les données de synthèse les plus citées donnent 79 % de « non » chez les ouvriers, 67 % chez les employés et 70 % chez les agriculteurs. À l’inverse, les cadres et professions libérales sont davantage favorables au traité, avec 35 % de « non ».

À gauche, 63 % des proches de la gauche parlementaire votent « non », comme 74 % des sympathisants de la CGT, 70 % de la FSU et 65 % de SUD. Le « non » atteint également 69 % parmi les électeurs du Front national.

Ce scrutin approfondit la distance entre les classes populaires et le Parti socialiste, alors fortement divisé sur la question européenne. Il révèle surtout un vote socialement polarisé qui dépasse le traditionnel clivage entre la gauche et la droite.

Le vote selon l’âge

Répartition du vote par tranche d’âge
Tranche d’âgeOuiNon
18–24 ans44 %56 %
25–34 ans45 %55 %
35–54 ansMinoritaireMajoritaire, plus de 60 %
55–59 ansMinoritaireMajoritaire, plus de 60 %
60–69 ans56 %44 %
70 ans et plus58 %42 %

Source : sondage Ipsos réalisé à la sortie des urnes le 29 mai 2005.

Le basculement se fait autour de 60 ans : en dessous, le « non » domine ; au-dessus, le « oui » redevient majoritaire. Les moins de 25 ans votent eux aussi davantage « non », mais leur participation plus faible limite leur poids dans le résultat final.

Le vote selon la catégorie sociale

Répartition du vote par catégorie sociale et statut
Catégorie sociale / statutOuiNon
Salariés du privé44 %56 %
Salariés du public36 %64 %
Travailleurs indépendants42 %58 %
Chômeurs29 %71 %
Étudiants54 %46 %
Retraités56 %44 %

Source : sondage Ipsos réalisé à la sortie des urnes le 29 mai 2005.

Le « non » est particulièrement fort chez les actifs, surtout dans le secteur public, chez les chômeurs et dans les catégories populaires. Dans cette enquête, le « oui » ne demeure majoritaire que chez les étudiants et les retraités.

Les conséquences politiques

  • Une crise européenne : la France devient le premier État à rejeter le texte. Trois jours plus tard, les Pays-Bas le repoussent à leur tour avec environ 61,5 % de « non ».
  • Le sentiment d’un vote contourné : élu en 2007, Nicolas Sarkozy fait ratifier par voie parlementaire le traité de Lisbonne en 2008, sans nouveau référendum. Sa proximité avec le TCE nourrit un profond sentiment de dépossession démocratique.
  • Une fracture durable : le scrutin marque une rupture entre une partie du peuple français et ses élites politiques. Cette défiance accompagne les crises politiques ultérieures et la montée des mouvements contestant le fonctionnement des institutions.

Lecture politique

Le référendum de 2005 n’oppose pas seulement deux conceptions de l’Europe. Il exprime également une fracture entre les catégories les mieux intégrées à la mondialisation économique et celles qui se sentent exposées à la précarité, aux délocalisations et à la perte de maîtrise politique.

Vingt ans après, ce vote reste un symbole puissant du rejet d’une Union européenne perçue comme trop libérale et déconnectée des préoccupations populaires. Il rappelle surtout une exigence essentielle : lorsqu’un peuple se prononce clairement, sa décision doit être respectée.

La souveraineté populaire ne peut pas s’exercer sans consultation du peuple.

SOUVERAINETÉ soutient la pétition pour un référendum sur l’appartenance de la France à l’Union européenne.

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